Autant vous le dire tout de suite, j’aurais pu intituler l’article : «De battre mon cœur s’est arrêté» ou «Psychose» voire «On achève bien les malades».

Et, oui, on fait les malignes, on écrit dans la presse, on a beau tester des douceurs et des soins de beauté divins, on n’en n’est pas moins un être humain avec ses failles comme tout le monde, une petite fleur fragile… bon, trêve de plaisanterie. Des petits soucis de santé m’ont donc obligée à passer un IRM, quoi de plus banal de nos jours n’est ce pas ? Surtout dans une clinique comme celle-ci, établissement soi-disant «fleuron de notre super tourisme médical»…

Alors, de deux choses l’une, soit la vitrine présentée partout, y compris dans des émissions télévisées très sérieuses telles que «Envoyé spécial» sur France 2, est une  vraie arnaque, soit il y a un traitement spécial accordé aux touristes venus se faire’ bistouriser’ moyennant devises sonnantes et trébuchantes…traitement que l’on n’applique pas aux locaux «ces  indigènes sans cervelle et sans cœur». Malgré mon vrai nom clairement teinté de «mouch tounsi», je penche plutôt pour la deuxième solution, d’autant que dans une vie antérieure pas si lointaine, j’avais moi même réalisé un film sur la dite clinique qui semblait avoir alors très bonne réputation.

C’est donc avec une peur épouvantable (je suis un peu claustrophobe) mais confiante dans
les professionnels que j’allais rencontrer, que je me suis rendue, SEULE, passer ce maudit examen.  Je vous passe les 90 minutes  à attendre malgré un rendez-vous pris une semaine à l’avance, ce qui  n’est pas le plus important  pour nous pauvres locaux, habitués à ce genre de situation. Quand enfin, un bonhomme vert (peut-être vient-il d’une autre planète, ceci expliquerait donc cela) est venu me chercher sans même me dire qui il était (médecin ? infirmier ?) je l’ai suivi tremblante. Et là j’avoue que je n’ai pas compris ce qui m’arrivait.

D’un doigt impérieux et autoritaire, l’ homme en vert m’a indiqué la cabine destinée à se changer, m’a intimé l’ordre de me déshabiller (je passais un IRM cérébral et me suis  bien demandé pourquoi je devais me délester de mes vêtements), de m’asseoir et m’a attrapé le poignet pour me  piquer. Là, j’ai mis un premier frein à ses ardeurs : «Hé, tout doux mon bon monsieur, ne me pique pas qui veut et surtout SANS M’EXPLIQUER POURQUOI !!!». Le monsieur tout ébahi de voir une chose qui parle lui poser la question m’a rétorqué tout aussi naturellement «mais pour l’injection !!!».

Pardon, mais moi j’étais venue passer une sorte de radio, je n’étais pas au courant qu’on allait me propulser dans les neurones un super fluide fluorescent, destiné à éclairer autre chose en tous cas que mes idées sur la question. Après avoir tendu mon bras( comme un mouton son cou un jour d’aïd), le monsieur  en vert a repris sur un ton péremptoire : « venez, allongez-vous ». Et là j’ai dit : STOP ! Désolée, on a beau être mouton, on peut justement ruer des pattes et des cornes avant d’aller à l’abattoir. J’ai exigé du martien qu’il m’explique comment j’allais respirer pendant 30 minutes dans une machine quasi fermée avec aucune visibilité,  et pas plus de 30 cm d’espace au-dessus de mon visage. De plus en plus surpris, le monsieur m’a donné une sonnette « au cas où je suffoquerais » et m’a conseillé de fermer les yeux pour ne pas trop angoisser.

Ha ! Ha ! Ha ! Sa phrase arrivait sans doute un soupçon trop tard. Mais le pire est bien sûr à venir, car si jusque là, on pourrait dire que je suis juste une grande « khaouefa » et même si la plupart des gens qui  passent par là, avouent avoir eu cette peur panique de ne pas respirer… la suite des événements mettra, j’en suis sûre, tout le monde dans le même état.

La suite ? Quand l’examen fût fini, je m’en allai donc me rhabiller, fière d’avoir supporté l’examen sans craquer mais au paroxysme de mon angoisse quand au verdict de la chose. Et là, ce fut du grand art, digne d’un Spielberg (pour le suspense) ou d’un grand thriller/film d’horreur/mélo !

L’affreux monsieur couleur gazon, est revenu me voir et me dit, à la virgule près,  juste avant de disparaître déjà à la recherche d’une nouvelle proie : « Bon, vous avez des tâches dans le cerveau, on a fait plus de 100 clichés et on doit les étudier pour voir exactement ce que c’est », puis d’ajouter « voilà: revenez dans 3 jours pour les résultats ! ».

Là, comment vous dire ? Le sol s’est dérobé sous mes pieds, j’ai senti comme un étourdissement qui n’était certainement pas dû au fluide, mais plutôt à l’écho de la phrase dans mes oreilles et à sa signification déjà arrivée au cerveau qui fonctionne finalement assez bien. Je suis sortie de là, toujours SEULE, avec cette épée suspendue au-dessus de ma tête (décidément), voyant ma vie défiler à toute allure, avec une envie de hurler coincée dans la poitrine (je suis bien élevée tout de même), et ce n’est qu’arrivée dans ma voiture, que je me suis écroulée, sanglotant et me demandant, bien à propos, combien de temps il me restait donc à vivre.

3 JOURS, vous imaginez cela, 3 JOURS à réfléchir, à pleurer, à penser à tout ce qu’on aurait voulu faire et qu’on ne fera peut être jamais, à réfléchir comment annoncer ça à ses proches sans trop les inquiéter, à comment s’organiser pour les mois, les semaines et peut être juste les jours à venir, le délai fatal n’étant bien sûr qu’une des inconnues de cette équation… j’ai vécu les trois plus horribles jours de ma vie et si je n’avais pas mal à la tête quand je suis rentrée à la clinique, et bien je l’ai attrapé pour 3 jours et 3 nuits soit 72 heures ou 4320 minutes… joli cadeau.

Et alors ??? Je vous imagine inquiet – ah, vous aussi n’est-ce pas ? – devant votre ordinateur… «lotf aliha, meskina, ya rabbi!» Votre sollicitude me touche. D’autant que la première chose que j’ai faite en rentrant à la maison, d’après vous, pour une journaliste? Eh  bien, je suis allée sur internet bien sûr !… histoire de voir à quoi «  taches dans le cerveau à l’IRM pouvait bien correspondre ». Là, je n’ai eu que l’embarras du choix entre sclérose en plaques et tumeur au cerveau. Terrassée, c’est bon, le martien avait gagné, j’étais prête à être dévorée, complètement cuite.

Mais rassurez-vous, – merci pour votre intérêt et votre attention à mon égard – finalement, mon cerveau va très bien et moi aussi. Il semblerait que nous ayons tous des « taches » dans le cerveau, et que ce ne soit pas du tout significatif.

Et comment l’ai-je appris d’après vous ? Non, non, ni le médecin, trop occupé sans doute, ni l’homme en vert alien, n’a pris le temps de me l’expliquer… une secrétaire est venue jeter (pour de bon) sur le comptoir une grande enveloppe avec les susdits clichés et le compte rendu. Heureusement que mon cerveau savait toujours lire et analyser les commentaires. Quand je lus « aucune anomalie », c’est vrai, je fus soulagée mais c’est je crois à ce moment-là que la colère m’a envahie.

Car tout cela, chers lecteurs et lectrices, sous le ton de l’humour, pour dénoncer l’insupportable,  l’inadmissible : le traitement des « patients » comme du vulgaire bétail, (même le susdit mouton de l’aïd a droit à plus d’égards). Il est en effet inadmissible que l’on pratique des examens sur une personne sans avoir pris au moins quelques minutes pour dialoguer (vous savez cette chose essentielle), pour expliquer ce que l’on va vous faire et pourquoi…et surtout, surtout que l’on vous annonce des diagnostics pouvant être lourds de conséquences, sans ménagements, sans explications et sans EN ETRE SUR !

La clinique est pleine, nos amis libyens la remplissent depuis la guerre, de sorte que les services tournent à plein régime, mais ce n’est pas une excuse. A 450 Dinars l’examen, avec la réputation d’un établissement comme celui-là, privé de surcroît, on est en droit d’attendre autre chose que cette attitude aux antipodes de la pratique de vrais professionnels conscients de la nécessité du dialogue et de l’empathie envers le patient.

Z comme Zohra


2 Commentaires

  1. g subi la meme emotion ou pire, en allant pour la 1ere fois à un hopital, et pour réponse à ma consultation, on me retorque : ablation du sein, c un cancer avec tumeure de 3,5/5 cm. là g eclaté de pleur, je n’avais meme pas su retourner pour prendre le metro et rentrer, si ce n’était 2 bonnes dames qui m’ont ramenée à la station. c’était en 1999.

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