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La maternité : est-ce une question d’instinct ?

L’apprentissage de la maternité commence tôt chez les filles, jouer à la poupée est leur jeu préféré. Elles leur donnent à manger, les habillent et les prennent dans leurs bras avec toute la tendresse et le dévouement que pourrait avoir une mère. Ce qui nous mène à penser que les femelles seraient créées avec la maternité comme instinct biologique, alors que la psychanalyse est formelle : l’instinct maternel n’est pas inné!

C’est quoi l’instinct maternel ? « Instinct maternel » est un terme du 19ème siècle. Il représente l’état psycho-affectif d’une mère ayant une attitude protectrice pour son enfant. En effet chaque mère aime et protège son enfant de façon si naturelle qu’au 19ème siècle on en est venu à parler d’instinct. Mais, contrairement à toute attente, la psychanalyse nie l’existence de cet instinct maternel, parce que l’amour n’est pas un concept scientifique, et qu’il faut parler plutôt « d’attachement maternel ».

L’instinct maternel au microscope : En 1999, des chercheurs ont identifié un gène de l’instinct maternel chez la souris. Bien que présent chez le mâle et la femelle, ce gène serait transmis par le père uniquement, et plus étonnant encore, il ne fonctionnerait même pas chez la femelle. Les recherches continuent pour savoir si cela concerne aussi les humains.

C’est quoi la maternité ? Il s’agirait plutôt d’une tendance à reproduire ce qu’on a vécu dans l’enfance. C’est-à-dire qu’une femme qui a eu une relation distante avec une mère froide aura tendance à reproduire le même mode de fonctionnement, une fois devenue maman à son tour. Une femme qui n’a jamais eu de mère pourra minimiser son rôle ou au contraire l’anticiper fortement. D’une autre part, il n’y a pas d’instinct maternel mais plutôt un lien puissant qui prend ses racines au fil du temps. De la joie du premier sourire du bébé à ses premiers pas, la maman développe un lien puissant qui se fortifiera à fur et à mesure que l’enfant grandit.

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On ne naît pas mère, on le devient ! Pendant la grossesse, la future mère se prépare à devenir une «maman». C’est ce lien, qui se tisse pendant la grossesse entre elle et l’enfant qui deviendra “l’instinct maternel”. L’affection si particulière qu’elle lui porte la rend attentive à ses attentes et à ses besoins, à anticiper sa faim en pleine nuit, ce qui la fera se réveiller d’un coup de son plus profond sommeil pour l’allaiter.

Être maman : un rôle à vie ! Une maman s’émerveille pour le moindre progrès de son enfant et s’inquiète pour son moindre petit bobo. Elle accompagne son enfant toute sa vie, même lorsqu’il sera devenu adulte.

La maternité n’est qu’un rôle social pour certaines : De nombreuses femmes ne se définissent pas du tout à travers la maternité. Leur réussite et leur satisfaction personnelle, elles les trouvent dans leur carrière professionnelle, une nouvelle option apparue depuis à peine un siècle. Elles seraient prêtes à enfanter sous la pression familiale, par souci de conformisme social, par devoir, par accident, ou par amour de leur conjoint mais n’auront jamais véritablement cet attachement sans bornes pour leur enfant.

L’élan maternel n’est pas systématique : L’amour d’une mère pour son enfant n’est pas toujours au rendez-vous, ce qui explique les actes d’abandon et d’infanticide. Il y a aussi le déni de grossesse qui désigne le refus qu’a une femme de donner la vie, suite auquel son corps réagit et lui cache l’enfant, ainsi que tous les symptômes qui peuvent trahir cette grossesse, et cela jusqu’à l’accouchement, qui sera alors un choc. Pour d’autres mères les souffrances de l’accouchement sont telles qu’elles les empêchent de se projeter dans la relation avec leurs enfants. Même lorsque les médecins posent le nourrisson sur son ventre, la mère n’a qu’une envie c’est qu’on la laisse tranquille.

L’adoption et le fait d’aimer l’enfant d’une autre : Les mamans adoptives passent elles aussi par de longs mois d’attente, tout comme les femmes enceintes, avant d’avoir un enfant.  Ainsi, elles aussi traversent cette crise d’identité qui renvoie toute maman à son histoire, à sa mère et à l’enfant qu’elle a été. En effet, il n’est pas nécessaire de porter un enfant et d’accoucher pour se comporter «maternellement». Les réactions d’une mère adoptive peuvent être pratiquement les mêmes biologiquement que celles de la mère biologique; Une mère peut aimer son enfant adoptif comme s’il était le fruit de ses entrailles.

Sonia Ben Jaballah

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