Quand Asma s’est aperçue qu’elle était séropositive, elle était déjà enceinte de cinq mois. C’était il y a trois ans. Oui depuis trois ans Asma et sa fille I. menaient un combat commun contre une maladie encore difficile à déclarer dans notre société. Elle  a accepté de nous parler de ses difficultés et de ses moments d’espoir.

A chacun son chemin de croix, le sien, elle l’a emprunté par la voie de l’amour.  Issue d’une famille modeste, elle est allée contre la volonté de tous et a épousé son mari, expulsé d’Italie et surtout consommateur de drogues injectables. Il lui a caché qu’il était contaminé mais elle avait des doutes. Les choses se passaient bien au quotidien mais après chaque réunion familiale où tous se retrouvaient avec leur progéniture, l’envie d’avoir un enfant devenait lancinante. Et un jour, Asma a décidé de franchir le pas et de donner un enfant à son mari. Sa grossesse sera le révélateur de sa contamination. Lors d’un examen de routine, elle apprend qu’elle est enceinte et qu’elle est contaminée par le VIH. Le risque de transmission au bébé est important.

Si la future mère ne suit pas de traitement antirétroviral, environ 25% des enfants naissent contaminés par le VIH. En revanche, ce pourcentage tombe à 1% si la femme suit ce traitement. Asma affirme que son médecin ne lui a ni conseillé de suivre un traitement spécifique pendant la grossesse ni de ne pas allaiter.

La naissance de sa fille a cimenté la relation du couple et, d’après Asma, elle aura au moins réussi à donner quelques années de bonheur à son époux. Son mari est décédé depuis un an et depuis elle vit dans la misère. Sa seule source de revenus ce sont les aides financières fournies par les uns et les autres et les subventions de l’Association tunisienne de Lutte contre le Sida. Elle s’inquiète des réductions du montant de ces prises en charge: fournitures scolaires, bourses scolaires, factures de Steg et de Sonede… le total est lourd.

Malgré la misère Asma est une femme fière, elle a proposé ses services à la section de l’ATL. Elle tricote et fait quelques retouches. L’ATL lui a proposé de lui financer l’acquisition d’une machine à coudre. Elle a déposé un dossier et attend toujours l’accord. Sa responsabilité vis-à-vis de son enfant est lourde et l’angoisse de le voir disparaître ou de disparaître en le laissant seul au monde la maintient souvent éveillée la nuit. Mais elle ne se laisse pas abattre, et dans son combat contre la maladie, elle a une arme: la dérision et elle l’utilise à volonté.

C.B.


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