Décidément cette deuxième journée est placée sous des auspices végétaux puisque Seyf Dean Laouiti nous a offert à son tour sa version particulière de la femme fleur. La collection majoritairement rose et noire est ultra féminine. Les tailles sont très cintrées, les épaules renforcées pour accentuer l’impression d’un buste affiné. Les finitions et les découpes sont impeccables.

Une robe en velours rouge arbore un décolleté en biais inédit, ne montrant rien qu’un rai de peau blanche sans plus, une belle prouesse technique. De la dentelle, des plumes, des papillons, des cordons de passementerie…il y a là un vrai travail sur les matières avec des « femmes arbres », portant des hauts comme des buissons… c’est le retour des bibis à voilettes, des plumes de cygnes, de la guipure, du lamé mais revisité. Sans aucun doute, cette collection a été influencée par la lingerie et par la femme 1900… des « suivez-moi jeune homme » sur des robes d’organza, de tulle rose chair, ou de lamé noir comme la robe sirène du final orné de fleurs ton sur ton posées en diagonales. Ma-gni-fique !

Enfin, après cette montée d’adrénaline et de « sexy-attitude », il fallait bien un peu de calme…la nouvelle collection d’Amine Bendriouich tombait donc à brûle pourpoint. Très différente de celle de l’an dernier, cette collection sport wear revisite le kamis et le sarouel en tissu rayé typique du Maroc dont Amine est originaire. Mais si le tissus, façon toile à matelas, est un clin d’œil, il est ici résolument moderne avec des teintes acidulées de jaune citron, de rose.

Le kamis est cintré dans le dos et surmonté d’un col chemise, gansé d’un ton plus tonique ou ton sur ton pour un homme raffiné, qui assume son origine tout en affichant son goût pour l’esthétisme. Idem pour le costumes rose, toujours rayé toile à matelas, qu’on imagine bien pour un déjeuner dominical au jardin. Toujours pour le farniente et la détente, les tee-shirts à emmanchures américaines sont en jersey de coton pour le très beau tombé, les kamis sont en popeline de coton. Pour finir, des ensemble pantalons et vestes kimonos mais en vichy rouge et blanc ou vert et blanc… beaucoup de fraicheur.

Enfin le samedi, dernier jour de la Fashion, est venu confirmer la tendance dessinée la veille d’une mode printemps-été 2012 très féminine, très inspirée par la lingerie et la femme des années 50, pour une femme glamour, sexy mais pas vulgaire bien au contraire…comme une envie de réaffirmer les codes de la mode féminine qui ont marqué les années d’avant la libération sexuelle.

Avec Ahmed Talfit, le chouchou de la mode tunisienne, on est rentré dans le vif du sujet dès le premier modèle. Les découpes rappellent clairement les corsets et gaines de Jean-Paul Gauthier. Dans une version minimaliste, le bas du corset devient jupe noire à froufrous, dans sa version longue, c’est encore une robe de sirène avec sa traine et son suivez-moi jeune homme. Les visages sont cachés par des voilettes orientales, (on n’ose pas lui donner son nom niqab, celui des origines pas celui d’aujourd’hui) mais complètement ajourées et faites de strass, comme une dentelle…oh, le joli pied de nez aux islamistes !

Les tissus sont riches : des brocarts, des soies, des voiles incrustés de pierres, des peaux, de l’organza…et les teintes pastel. Là encore, les épaules sont larges, les tailles étranglées, les hanches et les chutes de reins sublimées par des découpes savantes. Enfin la douceur des premiers modèles a fait place à d’autres plus encore plus sexy, en satin ou cuir noir, recouverts d’empiècements en verre pilé, comme autant d’émeraudes… tandis que les jambes se découvrent, le corps arbore un corset et la têt se voile de noir mais transparent.

Le summum du message ? Sans aucun doute la pseudo-mariée, avec un voile sur peau nue, des nippies en verre brisé, et juste une culotte haute noire recouverte de verre brisé dans un empiècement dessinant un triangle à l’endroit fatidique. Le message est passé… contrairement à ce que crois les béotiens en la matière, la mode est aussi un langage, lié à un contexte historique : la collection d’Ahmed Talfit est clairement une réponse à l’humeur répressive du moment, aux salafistes qui veulent enfermer les femmes sous d’affreux draps noirs fantomatiques.

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