Puis Laure kczekotowska, formée par la Haute couture française, a enfoncé un peu plus le clou avec une collection appelée « once upon a night » (il était une nuit), directement inspirée par la femme fatale des années 50. De la dentelle, du tulle, du cuir, de la fourrure, des plumes pour des robes, des petites vestes courtes façon Chanel. Mais attention pas n’importe quelle dentelle, de la Calais, de la Chantilly pour des fourreaux ensorceleurs ou des robe baby doll courte et trapèze. Une profusion de tulle noir vient sublimer la peau nue…les rubans noirs, les perles noires, disséminés ça et là, déclinés avec un clin d’œil évident aux porte-jarretelles sur les robes créent une modernité séductrice, une collection plutôt faite pour le soir.

Chouchic Design, la marque de bijoux et accessoires de deux syriennes, est venue souffler un peu de raffinement oriental sur cette journée à l’esprit très parisien, très couture au sens du terme. Le keffieh palestinien est ici revisité, rebrodé, perlé avec des khomsa dorées, et porté  comme une fouta autour des hanches, très, très joli. L’œil brodé au fil doré, les signes de paix sont sûrement là pour éloigner le malheur qui frappe la Syrie. Les bijoux, des dentelles d’or, enchâssent des pierres semi précieuses et forment des fleurs, des papillons etc.

Enfin, Soucha Mlihigue, cet égyptien, adopté par la Tunisie, formé à l’école italienne de mode, connu dans le monde pour ses créations, primé déjà à plusieurs reprises nous a emmené dans un voyage à travers le temps… « L’Ange bleu » était soudain vêtu de rouge ou d’une veste peau de zèbre, mais l’ambiance cabaret (à l’occidentale) était bien là. Puis de longues robes noires ornées de passementeries ou d’autres très courtes affublées de faux derrières, des manches gigots nous ont renvoyé aux années 1900.

Un tour de passe-passe et voilà des femmes berbères aux fourreaux asymétriques, aux caftans vert anis et argent supportant des cordons de passementeries noirs et d’immenses sautoirs à grosses perles. Encore un petit tour et nous voilà dans les années 50 mais sous le ciel de Rio…à faire pâlir d’envie les stars d’Hollywood de ces années-là, du luxe, des volants, un air de samba, et des jupes qui soulignent le balancement lascif des hanches.

Sous les mêmes cieux, les années 70 font une incursion avec des oiseaux du paradis, le retour des collants trompettes mais en tulle noir rebrodé d’argent. Les longs gants de satin font un clin d’œil à Rita Hayworth. N’allez pas croire pour autant que cette collection frise l’anecdotique, bien au contraire, elle est volupté, extravagance, sensualité et tout à fait portable.

Chez les hommes, toute la collection masculine est dominée par le noir… des bijoux habillent les poitrines mises en valeur, les têtes sont couvertes par des tee-shirts à capuche ou des étoles ressemblant à leur cousin, le hijab. Soucha a même poussé le culot jusqu’à faire défiler un homme en marié, recouvert de tulle noir… voilé certes, mais torse nu et en corsaire noir ! C’est là encore une réponse cinglante aux salafistes et à leur couleur fétiche.

Au final, le bilan de ces deux jours (le premier étant à des années lumière du reste et ne mérite pas d’être noté) de l’édition 2012 de la Fashion Week de Tunis fait la part belle au retour de la féminité exacerbée… Marre du costume interplanétaire qui a transformé la femme en souris grise, jean et couleurs sombres, marre des ces silhouettes androgynes et de l’unisexe, marre de cette identité niée, volontairement gommée. La mode de la femme « femme » est de retour,  la femme avec un corps de femme : hanches, poitrine et démarche chaloupée, avec tous ces petits détails qui font fantasmer l’imaginaire des hommes.

Une mode belle, riche, élégante… une ode lancée comme un cri : « Femmes, nous, on vous aime ! » criée d’une même voix par les créateurs qui nous ont bien prouvé là qu’ils nous aimaient.

Florence Pescher


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