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JCC 2012 dernier clap et fin…«Moteur? Ça tourne!»

«Manmoutech ou Beautés cachées» de Nouri Bouzid… du salafisme à la sauce guimauve Bouzidienne !

Recette d’un film de Nouri Bouzid… prenez quelques jeunes femmes, jolies si possible, énervez les un peu, faites les chanter en travaillant, se tirer les cheveux… saupoudrez de quelques fleurs de khochkhach ou de farine, tenez les au chaud, rincez les, lavez leurs chevelures en veillant à faire dégouliner un peu d’eau sur leurs corsages puis essuyez leurs poitrines et leurs jambes avec sensualité, de préférence avec un torchon…La recette a fait ses preuves, pourquoi en changer ? Nouri Bouzid nous la sert cette fois à la sauce révolution.

Zeineb et Aïcha sont deux amies très proches qui travaillent dans le même salon de thé au Lac. Le 14 janvier, elles ont manifesté et espèrent une société nouvelle. Aïcha est voilée, elle est doit élever ses deux sœurs (les parents sont décédés), Zeineb, elle, est passionnée de stylisme et veut continuer ses études. Aïcha a choisi le voile pour écarter  la tentation qui, quelques années auparavant, l’a jetée dans les bras d’un amant qui a fui lâchement face à une grossesse non désirée. Elle a du avorter… Zeineb est fiancée à un « zmigri » de Nice joué par Lotfi Abdelli.

Lotfi est un jeune « entrepreneur » gominé, à belle voiture, et prenant les autres de haut grâce à la supériorité « naturelle » que s’arroge nombre de tunisiens vivant sur l’autre rive de la méditerranée. Il fait copain-copain avec le frère de Zeineb, Hamza, incarcéré pour « islamisme » par le régime Ben Ali et rentré chez lui au soir du 14 janvier après l’incendie de sa  prison. Ce rôle d’intégriste que les années de prison n’ont en rien changé les convictions est très bien campé par Bahram Aloui.

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A peine sorti de prison, Hamza commence à essayer de force sa sœur à s’aligner à sa vision des choses. Le fiancé s’y met aussi et exige dans un discours mielleux et fielleux, que Zeineb arrête de travailleur comme serveuse, et qu’elle se voile. S’en suit une longue bataille entre une mère qui est plus intéressée par la future situation sociale de sa fille, que par son bonheur. Elle l’enferme et lui impose le voile.

Aïcha retrouve dans Hamza un amoureux perdu (pas celui qui l’a mise enceinte) sur la voie d’un faux islam. Entrecoupées de quelques scènes de manifestations violentes, de morgues et de répressions, le film raconte la résistance des deux héroïnes pour affirmer leur choix de vie et leur liberté d’expression. La révolution n’est là réellement que comme décor, car on aurait tout aussi bien pu voir ce film avant la révolution, lorsque le voile fleurissait déjà à tous les coins de rue, et que ce débat entre fille voilée vertueuse, et fille non voilée faisait déjà partie du quotidien.

Esthétiquement parlant, le film a des qualités, mais pour le reste, on repassera… de nombreuses incohérences, des pistes intéressantes traitées en surface, des parenthèses sans intérêt pour le film… comme le cas de ce fameux fiancé qui se révèle être un mafieux en affaires avec les Trabelsi… Cela ne tient pas la route, ce genre de profil profite de tous les avantages du luxe à l’occidentale et n’est pas du tout tenté par  l’islamisme.

Cela s’explique sûrement en partie, comme Nouri Bouzid l’a lui-même reconnu, par le fait que le film était en route avant la révolution mais qu’il a ressenti « la nécessité de le replacer dans ce contexte historique ». Ce nouvel opus, est un de plus dans la filmographie du réalisateur, mais pas une œuvre sur la révolution ni une de celles qui, ne lui en déplaise, marquera l’histoire du cinéma tunisien.

Florence Pescher

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