La mode du sit-in et de la grève se propage jusque dans les contrées les plus reculées ! C’est sans doute la raison pour laquelle le film “La source des femmes” de Radu Mihaileanu projeté à Tunis, plaît tant au public tunisien. Les rires de la salle pour cette histoire de femmes marocaines d’un village dans les montagnes, qui décident de faire la grève du sexe, résonnent encore plus fort dans le contexte actuel. Comment parler du machisme sans être taxée de féministe hystérique ? Comment traiter du sexe sans polémiquer ? Comment expliquer à un homme que revendiquer un droit n’est pas le défier ? Même si ces problématiques peuvent sembler clichées, dans le petit village où chacune vit sa condition féminine tant bien que mal, les femmes parlent, crient et se querellent autour de ces questions. L’une d’elle, Leila, la jeune et jolie mariée, ne supporte plus l’injustice d’aller chercher de l’eau dans les montagnes alors que les hommes passent leur temps au café du coin. A cette corvée quotidienne s’ajoute, en plus, les risques de la marche, surtout pour les femmes enceintes. Lorsque l’une d’elles perd son enfant dans une chute, la solution est simple : dans la chaleur du hammam et entre deux ragots, Leila se lance : il faudra faire la grève du sexe pour obtenir une réaction des hommes ! Si l’idée ne remporte pas l’adhésion de toutes, notamment de sa belle-mère qui la considère comme une étrangère, chacune se ralliera par conviction. Le goût pour cette aventure anodine donne tout d’un coup, un pouvoir inattendu aux femmes du village qui défient même le mufti local à coup de déhanchements lascifs et de répliques bien senties.

La société décrite dans le film envoie par l’énergie de ses personnages féminins (les actrices Leila Bekhti et Biyouna forment un duo détonnant) un message clair : les femmes ont des droits tout comme les hommes, qu’elles revendiquent. Ce n’est pas l’égalité qui est mise en avant mais seulement un partage équitable des tâches les plus dures. La revendication se légitime aussi par un besoin humain: l’attention contre l’indifférence masculine.

La femme ne veut plus être perçue comme une esclave ou une mère dont la figure est d’ailleurs souvent rejetée. Elle veut retrouver un respect dans les yeux d’un mari qui ne la voit plus. L’un des slogans du sit-in est « vos cœurs sont secs ». En effet, en rabaissant la femme aux corvées quotidiennes, la communication n’existe plus entre les deux sexes. Si les femmes parlent librement entre elles, le dialogue avec les hommes est inexistant. Comment faire passer le message autrement que par l’affrontement direct?  La grève puis l’humour puis la danse séductrice jusqu’à la victoire finale viennent équilibrer le combat.

Si la grève du sexe est radicale et qu’elle cause bien des peines aux femmes du village qui se trouvent confrontées à des maris frustrés, la lutte se fait aussi via la féminité et non pas seulement le féminisme. L’intérêt du film réside dans son aspect pacifique et dans la séduction. Et pour faire cette « guerre » en paix, les femmes n’hésitent pas à user de leurs charmes : la danse et le chant pour mieux se moquer, ou mieux attiser la flamme. Contrairement aux idées reçues, l’homme a aussi la part belle dans le film. Il n’est pas forcément l’étroit d’esprit qui apparaît au début mais semble plutôt désemparé face à cette rébellion soudaine. Car les femmes touchent aussi une corde sensible en refusant de se donner : le manque d’affection et la distance créés par l’inégalité de leur statut. En position de faiblesse, chacun prend donc son mal en patience jusqu’à se trouver confronté à l’impasse.

Le film n’épargne pas pour autant les sujets tabous comme les violences conjugales, les préjugés sur l’éducation ou la virginité avant le mariage mais son grand avantage est de les traiter d’un point de vue humain.

L’humour et la touche féminine donnent ainsi une originalité au film qui arrive à traiter des thèmes les plus durs sans tomber dans le mélodrame. Les problèmes du couple sont jetés à la face des deux clans qui doivent se rendre à l’évidence : face à un problème pratique du quotidien, ne faut-il pas repenser tout un système, qui, visiblement, ne fonctionne plus ? La religion n’y apporte d’ailleurs pas de réponse tout comme les tentatives des hommes de faire amener d’autres femmes pour se venger.

Le film évite le pamphlet féministe à l’extrême en montrant les hommes dans une posture d’incompréhension plutôt que de refus pur et simple. Face aux revendications, seul le dialogue final recentre le débat sur le thème du film: la communication qui, finalement, sera la vraie source retrouvée des femmes.

A voir et à savourer sans modération…

Yasmine


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