Les fêtes chez nous c’est d’abord l’été. Les demeures les familles s’y préparent. Le proverbe tunisien «echta chidda wirrabiaa mnem wassif dhif walkhrif el aam» explique bien que l’été n’est qu’un invité : «l’hiver est rigueur, le printemps est un songe, l’été est un invité et l’automne est l’année».

L’hospitalité sous nos cieux, est sacrée. On prépare le décor, le gîte et le couvert. Les vêtements d’hiver rangés, place aux habits de saison. Les maisons semblent quelques temps dépenaillées. On en profite pour changer les rideaux, débarrasser les planchers, enlever les tapis. Tout est prétexte pour un grand nettoyage. On est forcément alors  peu regardant sur les dépenses. Surtout qu’au beau milieu de cet été, Sidi Ramadan a pris les devants et tient le haut du pavé.

L’été, c’est aussi ces rituels immuables, comme la préparation des grandes provisions pour l’année à venir, la fameuse Ôula, ces réserves de denrées stockées. Le couscous, y est le maître des cérémonies. Mais  il y a également le malthouth, le borghol, la tbikha d’orge, le hrouss, les tomates…

Les patios, les jardins, sont alors occupés plus d’une semaine par une fourmilière de dames  triturant le bon grain dans des tamis de différentes dimensions. On y chante, on y rit salace et l’on y « coud ». Même si cette tradition a tendance à disparaître de nos jours, certaines familles y restent quand même farouchement attachées.

L’été, c’est le relâchement. On y est cigale même lorsqu’on est fourmi. La villégiature, ne l’appelons-nous pas Klhâa, est un laisser-aller qui confine au libertinage? Baignades en cascade, siestes qui n’en finissent pas et veillées jusqu’aux premières lueurs du jour… L’été en Tunisie va rarement de pair avec productivité et assiduité au boulot.
Chez nous, le plaisir de vivre importe souvent plus que le pouvoir d’achat. La côte, la mer les cités balnéaires sont prises d’assaut. L’on s’y régale  à loisir, aux limites de la  démesure. Et les nuits sont encore plus belles encore que les journées

L’été c’est aussi les mariages, fiançailles et circoncisions, les festivals, invités et interminables déambulations. On n’a pas le temps de souffler. En plus, cette année aussi, Sidi Ramadan a investi la place au beau milieu de la canicule. Ramadan, une galaxie en soi. Avec son temps lunaire, ses successions d’abstinence et de surconsommation, sa journée qui commence à la tombée de la nuit, ses sommeils diurnes et ses veillées nocturnes. Sans parler des débauches de mets amoncelés devant des affamés du jour qui ont les yeux plus grands que le ventre.

Ramadan c’est la fête permanente. Même si, de jour, on souffre ferme : canicule, sirocco et
gosier sec. La nuit on compense. Mordicus, bec et ongles. Les dépenses triplent, quadruplent même. Et l’économie y trouve son compte. En un seul mois, on fait plus de transactions qu’en un trimestre. Et tout y passe. Les légumes, les fruits, viandes, poissons, pâtisseries, le textile, les cuirs et chaussures, l’habillement, les articles de Paris, les parfums. Tout, tout et tout. C’est aussi ça, le plaisir de vivre…

Chiraz Bouzaien


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