Il y a des jeunes partout, installés dans les fauteuils de la salle d’attente, ils patientent tranquillement. Ou plutôt elles patientent tranquillement. L’Espace ami des jeunes “Santé Sexuelle et de la Reproduction” du Bardo ne désemplit pas, mais ce sont surtout des jeunes filles qui viennent chercher conseil et réconfort auprès des professionnels présents. Des professionnels de l’Office National de la Famille et de la Population, qui officient dans ce lieu spécialement mis en place pour les jeunes de 15 à 29 ans. ” Parce qu’ils ont des besoins spécifiques et que suivre un jeune demande une vision pluridisciplinaire. Il passe la porte en vous parlant d’une chose mais en fait il veut vous demander quelque chose d’autre. Il faut savoir le recevoir, l’écouter, le mettre en confiance, pour pouvoir répondre à sa demande, l’informer et l’aider” explique Moufida Mathlouthi, médecin en charge de l’Espace du Bardo. Et malgré toute cette attention les garçons n’ont pas encore le courage de passer la porte de l’Espace Ami des Jeunes. Ils ne représentent que 2% des consultations au Bardo.

Un Espace pour quoi faire ?

La mission de ces Espaces est vaste. Il y a d’abord un volet médical et psychologique. Les adolescents sont reçus et peuvent consulter un médecin ou voir un psychologue. A côté de la salle d’attente il y a un coin plus tranquille où les ados ont accès libre à un ordinateur avec Internet pour faire des recherches. Une animatrice les reçoit en permanence et organise des séances d’information autour d’un thème ou projette un film explicatif. Et là c’est le deuxième volet du travail de ces Espaces qui commence : Information Education Communication. “Beaucoup de jeunes sont mal informés, ne connaissent pas leur corps, ne savent pas quoi faire en cas de problème. Il y a donc un énorme travail d’information à faire.” Et pour cela les intervenants n’hésitent pas à se déplacer dans les collèges, les lycées, les universités ou encore les foyers étudiants.

Au début nous avons fait beaucoup à l’extérieur pour dire aux jeunes qu’il y avait un endroit pour eux où ils pouvaient venir anonymement et gratuitement. C’est un pas difficile pour eux, c’est un travail très délicat. D’ailleurs c’est lorsque nous avons simplement créer une entrée indépendante, hors de la vue des adultes, que les ados se sont sentis à l’aise et sont venus nous voir.” En 2000, à l’ouverture de l’Espace ils n’étaient que 432 nouveaux jeunes. Aujourd’hui ils sont 2000 nouveaux jeunes à passer la porte de l’Espace chaque année, “chiffre auquel il faut ajouter celui des jeunes qui reviennent parce qu’ils trouvent ici les réponses adéquates.” Pari réussi donc pour l’équipe de l’ONFP qui pose un regard honnête et sans jugement sur les besoins de la jeunesse tunisienne.

On compte un espace par délégation ou presque : celui de Sidi Bouzid est toujours en chantier, comme celui de Zaghouan, Séliana et Mahdia. Mais, bientôt, dans toute la Tunisie les jeunes pourront librement s’informer sur les sujets qui les préoccupent : du tabagisme à l’usage de drogue, de la violence à la sexualité. Les médecins, les psychologues, les animatrices et éducateurs des Espaces sont là pour les écouter et les aider. Un fait important quand on sait que dans la société tunisienne ces sujets sont tabous et qu’il y a de grandes lacunes au niveau de l’éducation familiale.

Sana Sbouai


LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here