Baya.tn

Médias et Gouvernance, l’Etat un danger pour la liberté de la presse ?

Médias et Gouvernance, l’Etat un danger pour la liberté de la presse ?
A l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, Tunisia Live, premier site d’information en langue anglaise en Tunisie en collaboration avec le Centre pour le Développement de la Communication (CDC) et avec la Banque africaine de développement (BAD), a organisé le mercredi 2 Mai 2012 à Tunis, une table ronde ayant pour thème «Médias et Gouvernance : comment préserver le rôle pionnier de la Tunisie dans l’éveil du monde arabe ».

Ridha Kazdaghli, secrétaire d’Etat et chargé de communication auprès du premier ministre,  Farida Laabidi, présidente de la commission des droits et libertés à l’assemblée nationale constituante, Ridha Kéfi, membre de l’Instance de réformes de l’information et de la communication (I.N.R.I.C) et fondateur du site Kapitalis, Lobna Jeribi, membre de l’assemblée nationale constituante et militante de l’ «OpenGov», Sami Ben Gharbia, activiste et co-fondateur du site Nawaat et Farida Ayari, Journaliste et consultante en communication ont participé à cette table ronde présidée par Abdelhamid Abdeljaber, expert en communication et analyste de la politique régionale.

La liberté des médias était au centre des préoccupations de tous les intervenants, des médias libres sont en effet une des garanties de la réussite du processus démocratique. Ridha Kéfi a exprimé sa crainte de voir le gouvernement abandonner toutes les belles idées d’assainissement et d’enquête sur la corruption pour se consacrer exclusivement à la préparation des prochaines élections. Il a précisé qu’un certain nombre d’erreurs commises par le gouvernement à l’encontre des médias étaient certainement dus en partie au manque d’expertise mais que la communication elle aussi laisse à désirer puisque malgré ses nombreux courriers adressés au chef du gouvernement, il n’a reçu à ce jour aucune réponse. Il a conclu en disant que l’indépendance totale des médias était essentielle et que ce principe était indérogeable.

suite page 2

Pour Sami Ben Gharbia, bien que pour le moment  le gouvernement n’ait aucun contrôle sur les médias, il y a un danger certain pour le futur des médias en Tunisie. Le gouvernement tunisien a déclaré en effet que les médias ne représentent pas le peuple puisque le peuple a voté majoritairement Ennahdha donc, il faudrait que les médias s’alignent sur le choix du peuple. Ce concept est dangereux. On essaie de nuire à l’image du journalisme tunisien pour pouvoir le contrôler. Limiter la liberté de la presse sous prétexte de préserver le sacré conduira immanquablement au retour de la dictature, il n’y qu’à voir chez nos voisins, au Maroc par exemple où il est interdit d’émettre la moindre critique à l’encontre du roi ou en Iran. Pourquoi  ne parle-t-on pas d’atteinte au sacré pour les commerçants par exemple ? Alcool ou porc ont bien le droit de cité, pourquoi pas une simple opinion ?

La vigilance est de mise pour que cette liberté acquise si chèrement soit respectée et garantie dans cette toute nouvelle Tunisie démocratique. Et comme l’a si bien souligné Sami Ben Gharbia, le gouvernement tunisien qui tient tellement à s’inspirer du modèle de la « réussite » de la démocratie « religieuse modérée » turque, oublie de parler de la centaine de journalistes turcs qui croupissent dans des cellules pour délit d’opinion.

Sonia Bahi

Quitter la version mobile