“Ce que l’enfant ne dit pas avec des mots, il le dit par des maux “, a déclaré Dr. Soumeya Halayem, pédopsychiatre à l’hôpital psychiatrique Razi en reprenant les propos d’un médecin-légiste français travaillant avec des enfants, victimes d’agression sexuelle.

Lors d’une journée de travail sur ” l’expertise médico-psychologique et prise en charge multisectorielle des enfants victimes de violences sexuelles ” organisée, jeudi à Tunis, à l’initiative de la société tunisienne de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, le service de pédopsychiatrie de l’hôpital universitaire Mongi Slim et le conseil de l’Europe, Halayem a précisé qu’ en 2015, près de 30 cas d’allégations d’abus sexuels à l’égard d’enfants ont été enregistrés par le service de pédopsychiatrie de l’hôpital Razi, rappelant que de 2008 à 2011, environ 29 expertises médicales d’abus sexuels ont été pratiquées.

Définissant le concept d’exploitation sexuelle de l’enfant, Dr. Halayem a précisé que selon l’interprétation de l’organisation mondiale de la santé (OMS), cette exploitation implique que l’enfant ” est victime d’un adulte ou d’une personne sensiblement plus âgée que lui, aux fins de la satisfaction sexuelle de celui-ci. Le délit peut prendre plusieurs formes: viol, inceste, prostitution des mineurs… “.

Et d’ajouter que cette organisation avait reconnu la maltraitance infantile comme un problème de santé publique majeur pour l’enfant, nécessitant de réaliser des investissements dans la prévention et la recherche épidémiologique au même titre que d’autres problèmes de santé publique.

En ce qui concerne les conséquences des abus sexuels sur les enfants, la pédopsychiatre a estimé qu’elles sont multiples et complexes. Il s’agit, a-t-elle expliqué, de conséquences psychiques qui s’enfoncent selon la gravité et la répétition de l’acte, l’âge au moment de l’agression, le degré de vulnérabilité individuelle, la qualité de la structure familiale et de sa réaction après découverte de l’agression ainsi que la qualité de la prise en charge thérapeutique.

Evoquant les signes permettant la découverte d’un abus sexuel sur un enfant, elle a fait savoir que parmi ces signes figure notamment le changement brutal du comportement de l’enfant à savoir une agitation inhabituelle, la nervosité, le retrait et l’arrêt brutal d’activités.

Les troubles du sommeil, les troubles alimentaires, l’apparition d’angoisses nouvelles et inattendues et le refus de se déshabiller peuvent, aussi, figurer parmi les signes de l’abus, a-t-elle ajouté.

De son côté, William Massolin, chef du bureau du conseil de l’Europe en Tunisie, a souligné l’importance de l’adhésion de la Tunisie à la convention du conseil de l’Europe sur la protection des enfants contre l’exploitation et les abus sexuels.

Il a rappelé, dans ce cadre, les objectifs de cette convention ratifiée par 47 Etats, signalant qu’elle vise à prévenir et combattre l’exploitation et les abus sexuels à l’égard des enfants, protéger les droits des victimes et promouvoir la coopération nationale et internationale en matière de lutte contre les abus sexuels sur les enfants.

La convention, a-t-il affirmé, met en place un mécanisme de suivi afin d’assurer une mise en œuvre efficace de ses dispositions.

La présidente de la société tunisienne de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, Yousr Moalla a, pour sa part, fait remarquer que le taux de signalement de violence subie par les enfants en milieu scolaire a connu une augmentation de 40pc entre 2006 et 2016.

Un nombre de dix expertises concernant des violences sexuelles subies par des enfants ont été appliquées, en 2018, dans la région de Sfax, a-t-elle dit.

A noter que cette journée de travail s’inscrit dans le cadre de la continuité du processus de réflexion national sur la prise en charge multisectorielle des enfants victimes de violences sexuelles. Elle vise à approfondir les connaissances sur les abus sexuels et leur impact sur les enfants et à procéder à un échange au sujet de l’expertise médico-psychologique et des mécanismes de prise en charge multisectorielle des enfants victimes de violences sexuelles en Tunisie, en Belgique et en France.

Dans la plupart des pays, le traitement des affaires d’abus et d’exploitation sexuels et la prise en charge des victimes de ces violences sont partagés entre plusieurs institutions.



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