L’Aïd el kebir ou aïd al adha de son vrai nom, vient de réunir environ 1 572 000 000 (un milliard cinq cent soixante douze mille) musulmans, toutes écoles confondues, autour de ce qui représente la fête religieuse la plus importante de l’année. N’en déplaise à nos compatriotes qui auraient tendance à se prendre pour le nombril du monde ou la norme en matière de foi, la Tunisie ne représente qu’une infime petite partie du monde musulman. Avec plus de 930 millions de croyants soit 60% de la population musulmane totale, l’Asie en effet, remporte la palme et laisse le Maghreb loin derrière (à peine 20%).

L’Indonésie, une république dont la constitution est laïque depuis 1945 (comme quoi, le diable n’est pas là où on le pense et que la liberté n’implique pas la non croyance), est, avec plus de 202 millions de croyants, le pays le plus peuplé de musulmans… et pas d’origine arabe (ce qui n’a évidemment rien à voir).

Bien d’autres pays, même parmi ceux où on s’y attendrait le moins, ont une communauté musulmane qui vit sa foi, en respectant bien sûr les grands principes de l’islam, tout en y apportant une touche différente propre à la culture de leur pays, à leur origine, à leur histoire. C’est le cas, par exemple, de la Chine avec 22 millions (deux fois notre population), ou de l’Argentine avec 785 000 personnes…

Non donc, nous ne sommes pas seuls à croire,  à pratiquer, et non, nous ne sommes pas ni plus ni moins musulmans que tous les fidèles du monde ; la foi n’est pas une compétition. Baya est partie à la rencontre de quelques uns de ces pays, histoire de vous montrer que l’on peut croire en un même Dieu sans être tous pareils. Et, si la croyance est la même, la pratique diffère. Mettons les pieds dans le plat, notre pays aurait en la matière bien des leçons à retenir de ce qui se passe ailleurs tant aujourd’hui l’essence même de la fête est largement dévoyée.

Samedi matin, une femme digne et pauvre qui n’avait pas eu les moyens d’acheter un mouton pour sa famille, a pris son courage à deux mains pour frapper aux portes des villas cossues de la banlieue nord dont s’échappait un nuage de fumée sentant bon le méchoui. Elle a demandé si on pouvait lui donner quelques petits morceaux de viande pour ses enfants qui n’avaient pas fêté l’aïd ce vendredi… la majorité lui ont claqué la porte au nez. Elle est arrivée chez mon voisin, jeune diplômé qui venait tout juste de décrocher un emploi et qui lui non plus n’avait pas eu les moyens de sacrifier un mouton. Il était vraiment désolé pour elle mais elle l’était tout autant pour lui et lui a offert de partager les quatre uniques petits morceaux qu’elle avait reçus…Ceci n’est pas une fable et comprenne qui pourra. N’oublions pas que l’aïd est aussi une magnifique occasion de faire un peu de bien autour de soi.

Baya a contacté plusieurs ambassades installées chez nous afin de vous faire découvrir les traditions de l’aïd en dehors de nos frontières mais contre toute attente, de nombreuses ambassades ont finalement refusé de nous répondre pour cause de “sujet sensible”, et c’est encore plus vrai pour des pays, bizarrement, à dominante musulmane.

Un refus qui aurait pu passer pour quelque chose d’anodin s’il avait été isolé mais qui devient matière à interrogation lorsqu’il est multiplié par dix, encore plus avec le sentiment de malaise clairement exprimé par nos interlocuteurs. Il semblerait donc que parler de l’aïd et par ricochet de l’islam même devienne ou dangereux, ou incongru, en tous cas interdit, c’est dire où nous en sommes…chères lectrices et lecteurs, l’islam est apparemment devenu tabou!!!!

En revanche, nous adressons nos plus sincères remerciements à ceux qui ont bien voulu nous répondre et plus particulièrement aux deux attachées des ambassades de Chine et d’Argentine, pour leur formidable accueil.

Florence Pescher

 

 

 

 

 



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